Elèves

1. Nouvelles à

– mettre en scène

– jouer

– filmer

– monter

Les vidéos  seront projetées lors de la JPO mi-mars 2009.

Contes pour buveurs attardés, Michel Tremblay (Québec, 1966)

Le Pendu

Dans mon pays, quand quelqu’un tue son voisin, on le pend. C’est idiot, mais c’est comme ça. C’est dans les lois. Moi ,je suis veilleur de pendus. Quand le pendu est mort, dans la prison où je travaille, on ne le décroche pas tout de suite. Non… On le laisse pendu toute la nuit et moi, le veilleur de pendus, je le veille jusqu’au lever du soleil. On ne me demande pas de pleurer, mais je pleure quand même. Je sentais bien que ce pendu-là ne serait pas un pendu ordinaire. Au contraire de tous les condamnés que j’avais vu jusque là, celui-ci ne semblait pas avoir peur. Il ne souriait pas, mais ses yeux ne trahissaient aucune frayeur. Il regardait la potence d’un oeil froid, alors que tous les autres condamnés piquaient presque infailliblement une crise de nerfs en l’apercevant. Oui… Je sentais que ce pendu-là ne serait pas un pendu ordinaire…

Quand la trappe s’est ouverte, et que la corde s’est tendue avec un bruit sec, j’ai senti quelque chose bouger dans mon ventre. Le pendu ne s’est pas débattu. Tous ceux que j’avais vu avant celui-là se tordaient, se balançaient au bout de leur corde en pliant les genoux, mais lui ne bougeait pas. Il n’est pas mort tout de suite… On l’entendait qui tentait de respirer mais il ne bougeait pas. Il ne bougeait pas du tout. Nous nous regardions, le bourreau, le directeur de la prison et moi, en plissant le front. Cela dura quelques minutes puis soudain, le pendu poussa un long hurlement qui nous sembla être un immense rire de fou. Le bourreau dit que c’était la fin. Le pendu frissonna, son corps sembla s’allonger un peu, puis… plus rien. Moi, j’étais sûr qu’il avait ri.

J’étais seul avec le pendu qui avait ri. Je ne pouvais m’empêcher de le regarder. Il semblait s’être encore allongé. Et cette cagoule que j’ai toujours détestée…Cette cagoule qui cache tout mais qui laisse tout deviner… Les visages des pendus je ne les vois jamais, mais je les devine, et c’est encore plus terrible, je crois. On avait éteint toutes les lumières et allumé la petite veilleuse au dessus de la porte. Comme il faisait noir… Et comme j’avais peur de ce pendu… Malgré moi, vers deux heures du matin, je m’assoupis. Je fus éveillé, je ne saurais dire à quelle heure, par un léger bruit qui ressemblait à un souffle prolongé, comme un soupir. Était-ce moi qui avait soupiré ainsi? Il fallu bien que ce fut moi, j’étais seul. J’avais probablement soupiré pendant mon sommeil, et mon soupir m’avait réveillé. Instinctivement, je portai les yeux sur le pendu. Il avait bougé. Il avait fait un quart de tour sur lui-même et me faisait maintenant face. Ce n’était pas la première fois que cela arrivait et c’était dû à la corde, je le savais bien, mais… je ne pouvais m’empêcher de trembler quand même. Et ce soupir… Ce soupir dont je n’étais pas sûr qu’il fut sorti de ma bouche… Je me traitai de triple idiot et me levai pour faire quelques pas. Aussitôt que j’eu le dos tourné au pendu, j’entendis de nouveau le soupir. Ah, j’étais bien sûr cette fois que ce n’était pas moi qui avait soupiré. Je n’osais pas me retourner. Je sentais mes jambes faiblir et ma gorge se désécher. J’entendis encore deux ou trois soupirs qui se changèrent bientôt en respiration, d’abord très inégales, puis plus continues. J’étais absolument certain que le pendu respirait. Et je me sentais défaillir. Je me retournai enfin, tout tremblant. Le mort bougeait. Il oscillait lentement, presque imperceptiblement au bout de sa corde. Et il respirait de plus en plus fort. Je m’éloignai de lui le plus que je pu me réfugiant dans un coin de la grande salle. Je n’oublierai jamais l’horrible spectacle qui suivit. Le pendu respirait depuis 5 minutes environ lorsqu’il se mit à rire. Il arreta brusquement de respirer fort, et se mit à rire doucement. Ce n’etait pas un rire démoniaque, ni meme cynique, c’était simplement le rire de quelqu’un qui s’amuse follement. Son rire prit tres vite de l’ampleur, et bientôt le pendu riait aux éclats, à s’en tordre les côtes. Il se balançait de plus en plus fort, riait, riait… j’étais assis par terre, les deux bras collés au ventre, et je pleurais. Le mort se balançait tellement fort qu’à un moment donné, ses pieds touchaient presque le plafond. Cela dura plusieurs minutes, des minutes de pure terreur pour moi. Soudain la corde se rompit, et je poussai un grand cri… Le pendu heurta durement le sol. Sa tête se détacha, et vint rouler à mes pieds. Je me levai, et me précipitai vers la porte.

Quand nous revînmes dans la piece, le gardien, le directeur de la prison et moi, le corps était toujours là, étendu dans un coin. Mais nous ne trouvâmes pas la tête du mort. On ne la retrouva jamais…

2. Nouvelles à

– lire

– enregistrer

– diffuser le jour des JPO

Contes pour buveurs attardés, Michel Tremblay (Québec, 1966)

Les mouches bleues

La princesse ouvrit toute grande la fenêtre de sa chambre et regarda la mer.

– Déjà ? lui demanda Ismonde, la sorcière. Vous êtes déjà fatiguée de lui ? Il est beau pourtant.

– Tu sais que je n’aime pas qu’on discute mes ordres ! coupa durement la princesse. Fais ton ouvrage et fais-moi grâce de tes commentaires !

Ismonde fit la révérence et sortit des appartements de la princesse.

– Quand ils seront tous devenus des mouches, pensait la princesse en regardant la mer, je transformerai les femmes en araignées.

Ismonde revint bientôt, une petite boîte rectangulaire dans la main gauche.

– Voilà, dit-elle à la princesse, c’est fait. Une mouche bleue de plus. C’est dommage, il était si beau.

La princesse quitta la fenêtre, se dirigea vers la sorcière et s’empara de la petite boîte.

– C’est bien, dit-elle à Ismonde, tu peux sortir.

Après que la sorcière se fut retirée, la princesse revêtit une longue cape et sortit du château par une porte dérobée.

La grotte était immense et sombre. La princesse, entourée de milliers de mouches bleues, se tenait debout au milieu de la grotte et souriait méchamment. « Oui, mes gentils amants, disait-elle parfois, je vous aime toujours et toujours vous aimerai. » Elle partit soudain d’un grand éclat de rire et ouvrit la petite boîte.

Un minuscule papillon noir s’en échappa et se précipité sur la princesse qui n’eut pas même le temps de crier. Le papillon noir se colla à la gorge de la princesse et la tua. Ismonde était vengée.

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